20 ANS APRES

samedi 21 novembre 2009
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Un air de bon sens venu de Dakar et juste un constat : depuis la chute du mur de Berlin 21000 km de murs ont été construits ou sont en cours de construction dans le monde...

Les dirigeants européens et ceux des Etats-Unis ont célébré à leur manière le 20e anniversaire de la chute du Mur de Berlin le 9 novembre 1989. Tous les représentants de la bourgeoisie de « l’Occident chrétien » se sont retrouvés à Berlin le 9 novembre 2009 pour célébrer « la fin du communisme » en Europe.

MATRAQUAGE MEDIATIQUE

Pendant plus d’une semaine avant le 9 novembre, tous les médias occidentaux s’étaient déchaînés pour marquer l’évènement. Le monde a été inondé par un torrent de discours, de rencontres, de documentaires et d’autres articles consacrés au 20e anniversaire de la chute du Mur de Berlin. Des pages et des pages d’articles sur tous les sujets, des documentaires, des tables rondes, des entretiens à la radio et à la télévision avec des « spécialistes » en tout genre, tout a été mis en œuvre pour attirer l’attention de l’opinion sur l’anniversaire de la chute du Mur de Berlin et surtout sur sa signification du point de vue des pays occidentaux. L’occasion était belle pour évoquer « la victoire » de l’Occident sur le bloc soviétique, du capitalisme sur le « socialisme », de l’économie de marché sur « l’économie dirigée », de la « démocratie » sur le « totalitarisme », voire du christianisme sur l’athéisme !

REECRIRE L’HISTOIRE

Les reportages sur l’ancienne Allemagne de l’Est (RDA) avaient pour objet de déformer l’histoire réelle de celle-ci, d’occulter ses réalisations. C’est comme si la RDA était juste une parenthèse malheureuse au cœur de l’Europe occidentale !

On donne complaisamment la parole à ceux qui sont acquis à la propagande du système occidental, mais rarement à ceux qui regrettent la disparition de la RDA ! Ceux-là sont appelés des « Ostalgiques » et parfois considérés comme des « demeurés » qui n’ont pas encore compris « tous les bienfaits » du système capitaliste !

Ces « Ostalgiques » savent bien de quoi ils parlent. Ils sont restés réfractaires à la propagande au service du capitalisme qui fait croire que la chute du Mur de Berlin avait inauguré une ère de « liberté » et de « prospérité » pour le peuple allemand ! La réalité est plus prosaïque. La « liberté » c’est celle des grands monopoles capitalistes qui ont tôt fait de faire main basse sur l’économie de la RDA. Celle-ci avait l’économie la plus puissante et la plus développée du camp soviétique. La RDA était classée comme la 20e puissance économique du monde et certaines de ses entreprises étaient comparables à celles des plus grandes entreprises occidentales. Ses habitants jouissaient d’un niveau de vie assez élevé, et disposaient de la plupart des commodités que l’on pouvait trouver dans les pays occidentaux.

Tout cela fut détruit avec une sauvagerie et une rage dignes du Moyen Age et cela dans le but de faire table rase du passé de cette république, de l’effacer de la mémoire collective allemande. Les grands groupes capitalistes prirent possession de l’économie de l’ancienne RDA et restaurèrent la loi implacable du profit. Avec cette restauration, le chômage devint soudain le lot quotidien de milliers de travailleurs chassés ainsi de leur emploi et la précarité devint l’horizon immédiat de millions de leurs concitoyens. Sur le plan économique et social, une sorte de calamité naturelle s’abattit sur l’ancienne RDA. Le taux de chômage atteignit des records inégalés en Europe. Ainsi à la place du Mur visible qui était tombé, se sont dressés de multiples murs invisibles : économiques, sociaux, culturels et politiques qui ont fait des citoyens de l’ancienne RDA des « pestiférés », des citoyens de seconde zone, suspectés, marginalisés et méprisés ! La « réunification » ou plutôt l’annexion acheva de détruire ce qui restait encore des vestiges de celle-ci. [1]

EXORCISER LE « SPECTRE DU COMMUNISME » ?

C’est cette triste réalité que tente de masquer la propagande distillée par les grands médias occidentaux. Et le 9 novembre, ces mêmes médias montraient avec complaisance la plupart des dirigeants occidentaux - à l’exception d’Obama représenté par sa Secrétaire d’Etat Hillary Clinton - réunis autour de la chancelière, Madame Angela Merkel, Ainsi dans l’euphorie générale, on tenta de faire oublier un moment la profonde crise qui est en train de secouer les fondations du capitalisme occidental depuis plus d’un an. En fait, la « célébration » de la chute du Mur de Berlin était une occasion pour les dirigeants occidentaux pour faire passer leur message à l’opinion mondiale : si le capitalisme est profondément malade, il est tout de même « meilleur que le communisme » que symbolisait le Mur de Berlin !

Mais l’opinion et les peuples ne sont pas dupes. Un sondage conduit par la BBC dans 27 pays –dont les Etats-Unis ; l’Allemagne, la France, le Canada, entre autres- à l’occasion précisément de ce 20e anniversaire montre que seulement 11% des répondants trouvaient que le capitalisme « marchait bien » tandis que 23% - le double - trouvaient que le capitalisme « est intrinsèquement mauvais » ! Quel échec pour tous les idéologues et thuriféraires de ce système qui, depuis plus de 20 ans, n’avaient cessé de présenter le capitalisme comme l’horizon indépassable de l’évolution humaine, comme l’avenir inéluctable du genre humain ! Mais la réalité a vite fait de balayer la propagande et les multiples crises mondiales en cours et leurs cortèges de souffrances sont venus rappeler au monde la nature intrinsèquement inhumaine du système capitaliste avec toutes ses horreurs.

Si, comme l’a observé Marx « le capitalisme est venu au monde en suant le sang par tous les pores », on ajoutera qu’il a grandi et s’est développé en suçant le sang de millions de personnes dans le seul et unique but d’accumuler du profit au bénéfice d’une petite minorité immorale et corrompue.

Dans sa phase néolibérale, ce système a fini de démontrer avec encore plus d’éclat qu’il n’a que mépris pour la vie humaine. Il a achevé de montrer qu’il est un système à bout de souffle, parasitaire et inutile, dans lequel ce sont des criminels de la trempe de Bernard Madoff et Cie qui tiennent le haut du pavé et passent pour des symboles de « réussite » !

Dans la vieille Europe, berceau du capitalisme, ce sont des figures grotesques comme Sarkozy, pêchant dans les eaux nauséabondes du Front National ; ou Berlusconi, allié de la Ligue du Nord, tous deux des mouvements d’extrême droite xénophobes et racistes flirtant avec le fascisme, qui sont en train de jouer les premiers rôles. En Allemagne même, après les élections de septembre dernier, c’est la droite dure au service des monopoles capitalistes qui est aux commandes. Ainsi donc, c’est tout ce qu’il y a de plus réactionnaire en Europe qui était réuni à Berlin pour « célébrer » la « chute du communisme » !

Cette réaction européenne, comme ses lointaines devancières, a voulu ainsi exorciser le spectre du communisme qui n’a cessé de hanter l’Europe depuis le milieu du 19e siècle et le monde depuis la Révolution d’Octobre de 1917 ! Et il continuera de hanter la vielle Europe et le reste du monde aussi longtemps que dureront le despotisme du capital et la tyrannie de l’exploitation capitaliste.

Demba Moussa Dembélé
Economiste
Dakar


[1Voir Le Monde Diplomatique, novembre 2009, p. 16 & 17



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