Marre du capitalisme, je retourne vivre à l’heure communiste !

vendredi 11 novembre 2011
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Surprenant cette idée de retourner au temps d’avant qui était parait-il un enfer... Un reporter du quotidien Gazeta Wyborcza fait depuis quatre mois l’expérience de vivre au rythme d’avant le capitalisme...Non sans humour. Le signe de la désillusion ?

Fatigués par le capitalisme et ses crises, par le crédit immobilier que nous paierons jusqu’à la retraite, fatigués par les jouets indispensables au développement de notre enfant et les crèmes sans lesquelles notre peau deviendrait un sac à patates, fatigués par la vitesse, nous avons voulu ralentir. Et pour commencer, nous échangeons notre armoire de chez Ikea contre un séjour d’époque. Au lieu de sushis, des bitki [boulettes de bœuf]. Plus de portable, remplacé par un téléphone fixe à grand cadran.

La vendeuse à l’épicerie ignore tout cela, mais elle sent que nous sommes différents. Elle appelle son collègue à l’arrière du magasin : « Jaska, ces messieurs dames veulent savoir ce qu’on a à vendre aujourd’hui ! » [Comme à l’époque communiste, où l’on achetait en fonction de ce qu’il y avait.] « Tout, et c’est bien là, le problème », répond philosophiquement Jaska, qui retourne à son sandwich. « Vous vous trompez d’époque », dit la vendeuse. Eh bien, oui.
« Impossible d’imaginer un commerce sans une file d’attente », lit-on dans l’hebdomadaire Przyjaciolka [« Amie »] en mai 1982. A l’époque, les gens passaient la moitié de leur temps à faire la queue pour tout et n’importe quoi, le pain, la viande, les meubles, l’essence, le papier toilette (s’il y en avait).

Sans attendre devant le magasin, notre expérience n’aurait aucun sens, je décide donc pour faire mes premiers achats de m’installer, une heure et demie, devant un centre commercial. J’avance d’un mètre toutes les deux minutes – la vitesse standard, que nous avons établie avec nos amis, d’une queue pour la viande. Un vigile m’accoste : « Vous ne pouvez pas rester comme ça ici ! » « N’importe qui peut rester debout dans l’espace public si ça lui chante ! » Il regarde autour de lui et me prévient : « Dégage ! D’autres ont fait comme toi et... c’était le cambriolage ! »

C’est vrai, dans mon attente, il n’y a pas de contenu social. A l’époque, ceux qui attendaient devant le magasin s’intégraient, se faisaient des amis, faisant front contre les filous qui tentaient de se faufiler en dépassant tout le monde. « Un ami a rencontré sa future femme dans une boucherie », explique une amie. « J’ai fait la connaissance de tous mes voisins en faisant la queue. Aujourd’hui, je ne sais même pas qui habite à l’étage du dessous. »

L’attente aujourd’hui n’apporte plus rien à personne. « Les gens ne savent plus faire la queue, explique une enseignante à la retraite. C’est là qu’on apprenait les nouvelles, locales et internationales. On avait de ces discussions sur l’économie, le foot et la politique ! » « Ah bon ? » Je m’étonne – je doute fort que les années 1980 aient été le symbole de la liberté d’expression. Je cachais 1984 d’Orwell dans mon lit. « J’avais peur d’être dénoncée au travail, mais, dans une file d’attente, on disait ce qu’on pensait », me dit-elle.

Et la nourriture ? Finis les sushis, kebabs et mon restaurant indien préféré. A l’époque, on mangeait surtout à la maison. Iza se met donc à cuisiner. « Comment faisaient nos mères ? Mystère ! Je n’ai pas la moindre idée de ce qu’il faut cuisiner », soupire-t-elle. Heureusement, Przyjaciolka est là, pour donner des conseils. Premier jour. Matin : salade de poisson fumé ; midi : soupe de légumes et gnocchis ; soir : saucisses de Francfort sautées aux oignons. Deuxième jour. Matin : fromage blanc et saindoux fondu ; midi : bortsch et boulettes de porc ; soir : macédoine de légumes à la mayonnaise. Et ainsi de suite.

Le plus dur est de s’habituer à l’omniprésence de la graisse. Dans notre chez nous capitaliste, nous cuisinons à la vapeur et notre régime alimentaire ne comporte très peu de pain et de pommes de terre. Des salades et des légumes à profusion. Au bout d’une semaine, Iza a peur de sentir le graillon. Et moi, j’ai mal au ventre. Deux mois après, j’ai pris trois kilos, Iza deux. Seule notre fille Marianna ne grossit pas, mais elle soupire en voyant d’autres enfants manger des bananes – à l’époque, c’était un luxe.

Et l’hygiène ? « Tu te mouches directement avec la main, tu te cures les dents et tu jettes les trois quarts de tes cosmétiques », dit ironiquement M. Antoni, coiffeur pour femmes dont les débuts remontent aux années 1980. « Les jambes non épilées chez la dame, une barbe pour le monsieur. Il était difficile de se procurer des rasoirs, la moitié de la gent masculine semblait sortir tout droit d’un film sur le XVIIe siècle. » Iza laisse tomber l’épilation et se fait une permanente. Moi, je commence à m’asperger d’eau de toilette Brutal et je me laisse pousser une moustache. Je porte les cheveux longs.

Peu à peu, nous découvrons des produits de « l’ancienne époque » toujours dans le commerce. Le shampoing Bambino pour les petits, Familijny, le modèle familial pour adultes, le savon Cerf blanc et la crème Nivea. « Voyez les ingrédients, il y en a très peu dans le shampoing Familijny, donc c’est bon », explique une amie écolo. « Tous ceux qui sont sains d’esprit n’utilisent plus les produits chimiques occidentaux. »

Nous voilà ainsi projetés dans l’avant-garde. Un jeans « marbré », retrouvé au fond de l’armoire, ferait affaire même aujourd’hui pour une sortie. Tout comme les survêtements Bielpol, vieux de trente ans. Pour Iza, les chemisiers brillants en matière synthétique, une robe en viscose, des guêtres et un pantalon en plastique. Tout est la mode aujourd’hui, ma femme a plutôt l’air d’une hipster. C’est moins vrai en revanche pour notre fille dans une vieille poussette, avec des couches en coton. Mais elles sont, semble-t-il, plus saines que les Pampers : « Aucune famille moderne ne les utilise plus », assure notre amie écologiste.

Par Izabela Meyza, Witold Szablowski source Gazeta Wyborcza le 10/11/2011

Transmis par Linsay


L’expérience « Retour au temps du communisme » se poursuit jusqu’à la fin décembre et Gazeta Wyborcza poursuit ses reportages...



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