Le Burkina Faso dans la tourmente

samedi 1er novembre 2014
par  la_peniche
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Au Burkina Faso l’assassin de Thomas Sankara a été balayé par la rue en quelques jours. Paris perd un de ses plus fidèles serviteurs, le continent africain et ses forces progressistes l’un de ses pires ennemis.

A Ouagadougou, capitale du Burkina Faso, l’influence régionale de Blaise Compaoré dépassait de loin les capacités et les moyens de ce qui demeure l’un des pays les plus pauvres du monde. La déstabilisation de la Côte d’Ivoire ou celle du Mali devait beaucoup à ce militaire morose et secret, installé en 1987 par la grâce de Jacques Chirac alors premier ministre, avec le soutien du président François Mitterrand.

Les véritables responsables de l’assassinat du capitaine Sankara, qui tenta de rendre sa dignité au « pays des hommes intègres » [1] sont à chercher au cœur de la Françafrique. Car qui avait intérêt à supprimer le plus jeune président d’un pays africain ?

Sankara proposait rien de moins que de refuser le paiement de la dette.

Thomas Sankara

« Au sommet de l’OUA en en juillet 1987, le président du Faso lance devant ses homologues ébahis un mémorable discours qui restera comme l’un des plus marquants manifestes contre les dettes injustes et illégitimes :
La dette s’analyse d’abord de par son origine. Les origines de la dette remontent aux origines du colonialisme. Ceux qui nous ont prêté de l’argent, ce sont ceux qui nous ont colonisés. Ceux sont les mêmes qui géraient nos états et nos économies ...
La dette sous sa forme actuelle est une reconquête savamment organisée de l’Afrique, pour que sa croissance et son développement obéissent à des paliers, à des normes qui nous sont totalement étrangers. Faisant en sort que chacun de nous devienne l’esclave financier, c’est à dire l’esclave tout court, de ceux qui ont eu l’opportunité, la ruse, le fourberie de placer des fonds chez nous avec l’obligation de rembourser...
Quand nous disons que la dette ne saura être payée, ce n’est point que nous sommes contre la morale, la dignité, le respect de la parole. C’est parce que nous estimons que nous n’avons pas la même morale que les autres. Entre riche et pauvre, il n’y a pas la même morale.
 »
 [2]

Moins de trois mois plus tard Thomas Sankara est assassiné.

Officiellement, Thomas Sankara, le corps criblé de balles, est décédé « de mort naturelle ». Devant les visiteurs qui s’inquiétaient du véritable sort de son ex meilleur ami, Blaise Compaoré baissait les yeux. La justice burkinabé s’est toujours opposée à l’ouverture de la tombe. Avec Compaoré le renégat le pays bascula d’une expérience progressiste, indépendante et unique, au retour à l’enclavement, à la servitude vis-à-vis de la France, et surtout à l’humiliation.

Le président français François Hollande discute avec Blaise Compaoré alors président du Burkina Faso à Kinshasa lors d’un sommet de la Francophonie en 2012.
Photo Issouf Sanogo/AFP

Alors que les militaires se battent pour le pouvoir au Burkina Faso, c’est finalement en Côte d’Ivoire que Blaise Compaoré a trouvé refuge, à Yamoussoukro, accueilli par un autre traître, Alassane Ouattara.

Le Burkina Faso est un pays sahélien enclavé de près de 17 millions d’habitants. Il s’agit d’un pays essentiellement agricole sans réelles ressources naturelles. Sa seule richesse est l’exploitation de mines d’or [3]mais malgré cela, le Burkina Faso reste un pays extrêmement pauvre.

D’autres ressources aident le pays. Notamment les revenus des millions de Burkinabè qui ont émigré, en Côte d’Ivoire notamment. Cette diaspora envoie chaque année des milliards de Francs CFA au pays. Autre revenu pour le Burkina, l’aide internationale. Dans un rapport en 2010, le FMI avait d’ailleurs dressé un portrait très positif sur l’évolution du pays.

Ce n’est donc pas l’avis des centaines de milliers de manifestants, ni des grévistes, qui sont descendus dans les rues de Ouagadougou.

L’avenir du Burkina est entre leurs mains, mais les militaires, téléguidés par les occidentaux leur en laisseront-ils la possibilité ?

Signons cette pétition pour apporter notre soutien à cette mobilisation populaire et pacifique. Demandons aux pays voisins et à la France de ne pas intervenir militairement afin d’éviter un bain de sang au Burkina Faso.

http://soutienaupeupleburkinabe.wesign.it/fr

La_peniche


[1Il y a trente ans, le 4 août 1984, Thomas Sankara renommait l’ancienne Haute-Volta en Burkina-Faso, le « Pays des hommes intègres ». Un changement de nom officiel et très symbolique, destiné à rompre avec le passé colonial et à concrétiser les objectifs de la révolution sankariste.

[2Extrait du livre de Said Bouamama « Figures de la Révolution Africaine aux Éditons Zones

[3Pour en savoir plus ICI



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