France, Grèce et Brésil. Mensonges et supercheries à gauche ou la politique de l’autodestruction

jeudi 16 avril 2015
par  Gérard Jugant
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Au cours de l’année écoulée, ce qui paraissait être des signaux d’espoir avec le surgissement de gouvernements de gauche qui seraient de vigoureuses alternatives aux régimes de droite favorables aux États-Unis s’est transformé en calque de ces derniers ; dans les années à venir, cela les relèguera dans les poubelles de l’histoire.
L’ascension et la rapide décadence des gouvernements de gauche en France, en Grèce et au Brésil ne sont pas le résultat d’un coup militaire, pas plus que de machinations de la CIA. La débâcle de ces gouvernements de gauche est le résultat de décisions politiques délibérées qui rompent clairement avec des programmes progressistes, avec les promesses et les engagements que les leaders politiques firent aux électeurs composés des travailleurs et de représentants des classes moyennes qui finalement les élirent.
De plus en plus, les électeurs de ces partis de gauche les voient comme des traîtres qui ont vendu à ses partisans qui sont à leur entière disposition et les comparent avec leurs plus importants ennemis de classe : les banquiers, les capitalistes et les idéologies libérales.

Les gouvernements de gauche se suicident

L’autodestruction de la gauche est une victoire imprévue du plus rétrograde des forces politiques néolibérales. Ces forces (de « gauche ») s’efforcent de détruire le système social, d’imposer ses règles par des fonctionnaires non élus, ont élargi et approfondi les inégalités, affaibli les droits des travailleurs et privatisé les secteurs les plus lucratifs de l’économie.

Il y a trois cas de non-respect des promesses qui se détachent dans ce processus de suicide : en France, la seconde puissance d’Europe, avec le gouvernement socialiste de François Hollande (2012-2015) ; en Grèce, le gouvernement de la gauche radicale Syriza élu le 25 janvier 2015, qui se présente comme l’inestimable propulseur d’une politique alternative à celle de l’ « austérité fiscale » ; et le Brésil, avec le Parti des Travailleurs qui gouverne le pays le plus vaste d’Amérique Latine depuis 2003 et qui est un membre important des BRICS.

Le « socialisme » français : le grand bond en arrière

Dans sa campagne présidentielle, François Hollande avait promis d’augmenter les impôts des riches jusqu’à 75% ; de rebaisser l’âge de la retraite de 62 à 60 ans ; de lancer un programme d’investissement public pour réduire le chômage ; d’augmenter significativement la dépense publique pour l’éducation (en recrutant, notamment, 60.000 nouveaux enseignants), pour la santé et pour le logement social ; et de retirer les troupes françaises d’Afghanistan, comme réduction du rôle de Paris comme collaborateur de l’empire.

Depuis 2012, quand il fut élu, jusqu’à aujourd’hui (mars 2015), il n’a respecté aucune de ses promesses et engagements politiques : l’investissement public ne se matérialise pas et le chômage continue de croître ; aujourd’hui les chômeurs sont plus de trois millions. Le récemment nommé ministre de l’économie, Emmanuel Macron, un ex-associé de la Banque Rothschild, a réduit drastiquement-de 50 milliards d’euros-les impôts du secteur des affaires.

Manuel Valls, son premier ministre (nommé en mars 2014), un libéral enthousiaste, a mis en œuvre d’importantes réductions dans les programmes sociaux, affaiblissant la régulation gouvernementale des commerces et des banques, et érodant la sécurité du travail. Hollande a nommé Laurence Boone, provenant de la Bank of America, comme son principal conseiller en matière économique.

Le « président socialiste » français a envoyé des troupes au Mali, des avions bombardiers en Libye, des conseillers militaires auprès de la junte d’Ukraine et a aidé les dénommés « rebelles » syriens (qui sont en grande partie des mercenaires jihadistes). Il a aussi approuvé la vente d’équipement militaire pour 1 milliard d’euros à la monarchie dictatoriale d’Arabie Saoudite et a fait machine arrière dans un contrat de vente de bateaux de guerre à la Russie.

Comme conséquence de l’escroquerie aux électeurs français, de la trahison des travailleurs et de l’accolade aux banquiers, aux grandes entreprises et aux militaires, la vision positive du gouvernement « socialiste » par l’électorat français est tombée à moins de 19%, et le Parti Socialiste français occupe désormais la troisième place parmi les principaux partis.

La politique en faveur d’Israël de Hollande et sa ligne dure au sujet des négociations USA-Iran, les attaques islamophobes du premier ministre Valls dans les banlieues des grandes villes françaises-où prédominent les musulmans- et l’appui aux interventions militaires contre les mouvements islamiques (au Moyen-Orient et en Afrique du Nord) ont polarisé toujours plus la société française et augmenté la violence ethnico-religieuse dans le pays.

Grèce : la subite transformation de Syriza

Depuis que Syriza a gagné les élections grecques le 25 janvier 2015 jusqu’au milieu du mois de mars, Alexis Tsipras, premier ministre, et Yanis Varoufakis, nommé ministre de l’économie, manquèrent à toutes leurs promesses électorales-les plus importantes et les moins-du PROGRAMME électoral. En échange, ils ont adhéré au plus rétrograde des programmes, mesures et rapport avec la Troika (FMI, Commission Européenne et BCE), que Syriza avait dénoncé dans son programme de Salonique peu de temps avant.

Tsipras et Varoufakis répudièrent la promesse de rejeter les diktats de la Troika. En d’autres termes, ils acceptèrent la règle colonialiste et la CONTINUATION de la soumission.

Trait caractéristique de leur démagogie et de leurs mensonges, les deux s’efforcèrent de couvrir leur soumission à la Troika universellement honnie, en l’appelant « l’institution »-sans tromper personne sinon eux-mêmes-et devinrent la risée des plus cyniques observateurs de l’Union Européenne.

Durant la campagne, Syriza avait promis de contester tout ou une bonne partie de la dette grecque. Une fois au gouvernement, Tsipras et Varoufakis assurèrent immédiatement qu’ils la reconnaissait et promirent de remplir toutes les obligations en rapport avec la dette.

Syriza avait promis de donner la priorité aux dépenses humanitaires et de refuser l’austérité, d’augmenter le salaire minimum, de réembaucher celles et ceux qui avaient été destitués dans la santé et l’éducation, et d’augmenter les pensions. Après deux semaines d’humiliation servile, les « transformés » Tsipras et Varoufakis donnèrent la priorité à l’austérité, réalisant des paiements de dette et « reportant » jusqu’aux dépenses les plus maigres contre la pauvreté.

Quand la Troika accorda au gouvernement Syriza 2.000 millions d’euros pour permettre d’alimenter les grecs les plus pauvres, Tsipras fit l’éloge des inspecteurs et promis qu’il leur présentera une liste de régressives « réformes » pour plusieurs milliers de millions d’euros.

Syriza avait promis de réexaminer les privatisations suspectes de lucratives entreprises publiques réalisées par les gouvernements antérieurs de droite et d’arrêter celles qui étaient en cours ainsi que celles projetées pour le futur. Une fois au gouvernement Tsipras et Varoufakis renièrent rapidement cette promesse. Ils approuvèrent toutes les privatisations, les passées, les présentes et les futures. De fait, ils firent des essais pour obtenir de nouveaux « associés » privés, offrant de juteuses concessions pour se débarrasser de plus d’entreprises publiques.

Syriza avait promis d’affronter le fort taux de chômage (26% au niveau national, avec 55% des jeunes) au moyen de la dépense publique et de la réduction du paiement de la dette.

Diligemment, Tsipras et Varoufakis ont satisfait au paiement de la dette et n’affectèrent aucun crédit pour la création de postes de travail.

Syriza non seulement continue les politiques de la droite ; de plus, elle le fait dans un style et une substance grotesque, adoptant de ridicules postures publiques et des gestes démagogiques sans cohérence aucune : un jour, Tsipras laissa une couronne de fleurs sur la tombe de 200 résistants grecs assassinés par les nazis durant la seconde guerre mondiale et le jour suivant il se prosterna face aux banquiers allemands pour satisfaire leurs exigences d’austérité budgétaire, refusant l’argent public aux deux millions de grecs au chômage.

Un après-midi, le ministre Varoufakis posa pour une séance de photos pour l’hebdomadaire Paris Match, qui le montre, un cocktail à la main , sur la terrasse de son luxueux appartement avec vue sur l’Acropole et quelques heures plus tard il faisait un discours pour les masses appauvries.

Non-respect des promesses, mensonge et démagogie, tout durant les deux premiers mois dans le gouvernement Syriza a établi un record dans sa conversion d’un parti de gauche opposé à l’austérité en un vassal conformiste et servile de l’Union Européenne.

L’exigence de Tsipras à l’Allemagne pour qu’elle paie des réparations pour les dommages causés à la Grèce durant la Seconde Guerre Mondiale-une réclamation qui, quoique correcte, a été largement repoussée-est une autre farce démagogique conçue pour détourner l’attention des grecs appauvris de la capitulation de Tsipras et Varoufakis devant les actuelles demandes allemandes d’austérité. Un cynique fonctionnaire de l’UE l’a dit au Financial Times (du 12 mars 2015, page 6), « Maintenant il (Tsipras) il donne (aux militants de Syriza) un caramel pour qu’ils sucent ».

Personne n’attend que les leaders allemands changent leur ligne dure pour des injustices du passé, parce qu’elles sont remises sur le tapis par un interlocuteur qui est à genoux…
Dans l’UE, personne ne prend au sérieux l’exigence de Tsipras. Elle est perçue comme une rhétorique destinée à l’usage interne.
Parler de réparations allemandes 70 ans plus tard évite de parler de l’adoption de mesures pratiques aujourd’hui, comme répudier la dette ou réduire les paiements d’une dette illégitime aux banques allemandes ou refuser d’obéir aux diktats de Merckel. La limpide trahison des engagements les plus élémentaires au profit d’un peuple grec ruiné a déjà divisé Syriza. Plus de 40% de la Commission Centrale, y inclus la présidente du parlement, ont rejeté les accords de Tsipras-Varoufakis avec la Troika.

La grande majorité des grecs qui votèrent pour Syriza attendaient une amélioration immédiate et des réformes. Cependant, ils sont chaque jour plus désenchantés. Ils n’espéraient pas que Tsipras nomme Yanis Varoufakis, un ex-conseiller économique de George Papandreou, le leader corrompu du néo-libéral PASOK, comme ministre de l’économie. Peu d’électeurs du PASOK marchèrent massivement au cours des cinq dernières années pour rencontrer les mêmes technocrates et sans scrupules opportunistes occupant les fonctions les plus hautes de Syriza postes là-bas par l’index d’Alexis Tsipras.

L’électorat ne peut pas non plus espérer une lutte, une résistance, une décision de rompre avec la Troika des professeurs anglo-grecs appelés à revenir en Grèce par Tsipras [1]. Ces gauchistes de salon (séminaristes marxistes) ne s’impliquèrent jamais dans les conflits urbains ni ne subirent les conséquences de la dépression prolongée.

Syriza est un parti dirigé par des professionnels aisés, universitaires et intellectuels à la mobilité sociale ascendante. Quoique au nom des travailleurs appauvris et des salariés de la classe moyenne, ils gouvernent à partir de leur position prééminente, mais satisfont aux intérêts des banquiers-tantôt les grecs, tantôt les allemands-. Ils donnent la priorité à l’appartenance à l’UE au-dessus d’une politique indépendante et nationale.

Leur attitude au sujet de l’OTAN est de tolérance, qui se traduit par leur appui à la junte de Kiev en Ukraine, aux sanctions contre la Russie, à l’intervention de l’OTAN en Syrie et en Irak, et entretiennent un silence sonore au sujet de la menace militaire au Venezuela.

Brésil : réductions budgétaires, corruption et révolte populaire

Le gouvernement du prétendu Parti des Travailleurs (PT), au pouvoir durant 13 funestes années, a été un des plus corrompus d’Amérique Latine. Soutenu par les principales confédérations de travailleurs et diverses organisation de paysans sans terre, et partageant le pouvoir avec des partis de centre-gauche et de centre-droit, il fut capable d’attirer l’investissement de dizaines de milliers de millions de dollars de capital étranger provenant de l’industrie extractive, des finances et de l’agro-négoce.

Grâce au boom d’une décennie de prix élevés des matières premières de l’agro et de la mine, au crédit facile et aux taux d’intérêt réduits, il y eut une hausse dans les revenus, la consommation et le salaire minimum pendant que se multipliaient les bénéfices de l’élite économique.
Comme conséquence de la crise financière de 2009 et de la baisse des prix des denrées, l’économie brésilienne stagnait juste quand fut élue la nouvelle présidente, Dilma Roussef.

Le gouvernement de Rousseff, comme celui de son prédécesseur, Lula Da Silva, favorisa l’agro-négoce au détriment de la réclamation d’une réforme agraire de la part des travailleurs ruraux sans terre. Son gouvernement donna des ailes aux barons du bois et aux producteurs de soja et favorisa l’avancée de ces industries sur les terres des communautés indigènes et dans la forêt amazonienne.
Elue pour un second mandat, Rousseff se trouva face à une importante crise politique et économique : approfondissement de la récession économique, déficit fiscal, et détention et procès de nombreux membres corrompus du PT et de législateurs alliés, ainsi que de dirigeants de l’entreprise Petrobras.

Les leaders du PT comme les finances de campagne du Parti reçurent des millions de dollars de pots-de-vin des entreprises de construction pour s’assurer des contrats de la gigantesque entreprise pétrolière semi-publique. Durant sa campagne électorale, la présidente Rousseff promit qu’elle « continuera d’appuyer les programmes sociaux au bénéfice du peuple » et qu’elle « éradiquera la corruption ». Néanmoins, immédiatement après son élection, elle adopta l’orthodoxie de la politique néo-libérale et nomma un cabinet de néolibéraux de la droite dure, parmi eux le banquier Joaquin Levy, de Bradesco, au ministère des finances.

Levy proposa de réduire les prestations pour le chômage, les pensions et les salaires du secteur public. Il se déclara aussi en faveur d’une plus grande dérégulation du secteur bancaire et proposa d’affaiblir la législation de protection du travailleur pour attirer le capital. En outre, il réclama l’excédent budgétaire et la nécessité d’attirer l’investissement étranger aux dépens du secteur travailleur.

Rousseff, en cohérence avec l’adoption de l’orthodoxie néolibérale, désigna Katia Abreu, sénatrice de droite, leader depuis toujours des intérêts de l’agro-négoce et fervente ennemie de la réforme agraire, ministre de l’agriculture. Surnommée « Miss Déforestation » par Greenpeace, la sénatrice Abreu s’est opposée avec véhémence au Mouvement des Travailleurs sans Terre (MST) et à la confédération des travailleurs, mais cela a été en vain. Avec le soutien total de Rousseff, Abreu s’est engagée à la plus petite distribution de la terre entreprise par la présidente durant son premier mandat (établissant des colonies qui bénéficièrent à moins de 10% des occupants sans terre).

Abreu approuva des normes qui facilitent l’expansion de cultures génétiquement modifiées et promet l’expulsion par la force des indigènes de l’Amazonie qui habitent des terres productives pour favoriser les sociétés de l’agro-négoce à grande échelle. En outre, elle promet de défendre vigoureusement les propriétaires terriens contre les occupations de terre de la part des travailleurs ruraux sans terre.

L’incapacité de Rousseff et/ou son manque de volonté pour renvoyer devant les tribunaux le trésorier du Parti des Travailleurs, impliqué dans un scandale pour 1.000 millions de dollars de pots-de-vin en 10 ans, a approfondi et élargi l’opposition populaire.

Le 15 mars 2015 plus d’un million de brésiliens manifestèrent dans la rue dans tout le pays ; les manifestations étaient convoquées par les partis de droite mais elles eurent l’appui des classes populaires, qui exigent des procès immédiats contre la corruption et de fermes condamnations mais aussi la révocation des réductions budgétaires dans la dépense sociale mises en œuvre par Levy.

La contre-manifestation en appui à Rousseff, organisée par la CUT-la centrale des travailleurs- et le MST mobilisa seulement le dixième de celle-ci-dessus, à savoir 100.000 personnes.

La réponse de Dilma Rousseff fut d’appeler au « dialogue » et d’assurer qu’elle était « ouverte à [considérer] les propositions » sur la corruption bien qu’elle repoussa explicitement tout changement dans sa régressive politique fiscale, ses nominations d’un cabinet néolibéral et son option pour l’agenda du secteur de l’agro-négoce et de la mine.

En moins de deux mois le PT et sa présidente ont souillé de manière indélébile ses leaders, ses politiques et ses appuis avec la plaie de la corruption et la régression dans les politiques sociales.

L’appui populaire s’est effondré. La droite monte. Dans les grandes manifestations du 15 mars, étaient présents aussi les activistes qui plaident pour l’autoritarisme et le retour au gouvernement des militaires.

Comme dans la majeure partie de l’Amérique Latine, la droite autoritaire brésilienne est une force ascendante et se positionne pour la prise du pouvoir pendant que le centre-gauche adopte l’agenda du néolibéralisme dans tout le continent. Les partis dits « de centre-gauche », comme le Frente Amplio en Uruguay et le pro-gouvernemental Frente para la Victoria en Argentine sont en train de resserrer leurs liens avec le capitalisme corporatif de l’agro-négoce et des mines à ciel ouvert.

Des opinions sans fondement d’auteurs gauchistes des États-Unis, comme Noam Chomsky, qui disent que « l’Amérique Latine est à l’avant-garde contre le néolibéralisme » sont en retard d’au moins une décennie et, certainement, se trompent. Ils sont trompés par des déclarations politiques de type populiste et se refusent à reconnaître que les politiques de type néolibéral se développent, suscitant le mécontentement populaire. Les gouvernements qui adoptent des politiques régressives dans le socio-économique ne constituent pas une avant-garde vers l’émancipation sociale…

Conclusion

Comment s’expliquent ces brusques reculs et rapides non-respects des promesses électorales de la part des soi-disant « partis de gauche » récemment élus en Europe et Amérique Latine ?

On pourrait s’attendre à ce type de comportement en Amérique du Nord : du Parti Démocrate aux USA ou du Nouveau Parti Démocrate du Canada… Mais nous étions disposés à croire qu’en France, avec sa tradition républicaine de gauche, un gouvernement socialiste « critiquement » soutenu par l’extrême gauche anticapitaliste, allait au moins mettre en œuvre des réformes sociales progressistes.

Un groupe de blogueurs progressistes également nous avait dit que Syriza, avec son charismatique leader et sa rhétorique radicale allait accomplir au moins les promesses électorales les plus basiques, démontant la domination imposée par le joug de la Troika, commençant à mettre fin à la misère et fournissant l’électricité aux 300.000 logements éclairés par des bougies.

Les « progressistes » ne cessèrent de nous répéter que le Parti des Travailleurs du Brésil avait sorti de la pauvreté 30 millions de personnes. Ils proclamèrent qu’ « un ex travailleur de l’industrie automobile » (Lula Da Silva) jamais ne permettrait que le PT en vienne aux réductions budgétaires néolibérales et épouserait ses prétendus « ennemis de classe ». Les professeurs d’extrême gauche des EU se refusent à donner crédit au vol grossier de 1.000 millions de dollars au Trésor National du Brésil durant le mandat de deux présidents du PT.

Selon nous il y a diverses explications pour ces trahisons politiques. Une est qu’en dépit de leur discours populaire et « ouvriériste », ces partis sont dirigés par des avocats, des professionnels et des bureaucrates syndicaux de la classe moyenne, déconnectés organiquement de leur base militante.
Durant les campagnes électorales, pour se procurer les votes, ils s’unissent un moment avec les travailleurs et les pauvres, mais ensuite ils passent le reste du temps dans des restaurants chers pour obtenir des « accords » avec les banquiers, les hommes d’affaires enclins à la corruption et les investisseurs étrangers pour financer les élections suivantes, l’école privée et le luxueux appartement de leur chérie…

Durant un temps, quand l’économie était en hausse, les bénéfices des grandes firmes, les compensations et les pots-de-vin allaient de pair avec les augmentations de salaires et les programmes contre la pauvreté. Mais quand se déchaîna la crise, les leaders « populaires » retournèrent leur veste et annoncèrent que « l’austérité fiscale était inévitable » pendant qu’ils mendièrent quelque argent à leurs financiers internationaux.

Dans tous ces pays, qui aujourd’hui vivent des temps difficiles, les leaders de la gauche provenant de la classe moyenne avaient peur du problème (la crise capitaliste) comme de l’authentique solution (la transformation radicale de la société). Au lieu d’affronter le problème ils retournèrent à l’ « unique solution » : ils se rapprochèrent des leaders du capitalisme et s’efforcèrent de convaincre les associations du monde des affaires et, par-dessus tout, les financiers, qu’ils étaient des « politiques sérieux et responsables » désireux de renoncer à l’agenda social et d’adopter la discipline fiscale. Pour la consommation interne, ils insultèrent et menacèrent les élites, c’est le cas, un peu de théâtre pour entretenir les adeptes de la plèbe, avant de capituler !

Aucun de ces leaders-universitaires transformés en gauchistes-n’avait de lien profond et durable avec les luttes populaires. Leur « activisme » se limitait à la lecture de documents dans les « forums sociaux » et à l’apport de communications dans des congrès sur l’ « émancipation et l’égalité ». La soumission politique et l’austérité fiscale ne mettent pas en danger leur position économique.

Si leurs partis de gauche sont défaits par des électeurs fâchés et des mouvements sociaux radicaux, les leaders de l’extrême gauche font leur valise et retournent à leur confortable emploi de toujours ou à leur cabinet d’avocat. Ces derniers n’ont pas à se préoccuper des licenciements en masse ou de la réduction des pensions de subsistance. Dans les moments libres ils pourront s’asseoir et écrire un article de plus sur la manière dans laquelle la « crise du capitalisme »affecte à leur bien intentionné projet ou comme ils vécurent la « crise de la gauche ».

Étant donné la déconnexion avec la souffrance de ceux qui sont tombés dans la pauvreté et les électeurs au chômage, les gauchistes de la classe moyenne dans le gouvernement ne voient pas la nécessité de rompre avec le système. En réalité, ils partagent les points de vue avec leurs supposés adversaires conservateurs ! Ces derniers croient aussi qu’il s’agit du « capitalisme ou du chaos ». A ce lieu commun adopté qu’ils font passer pour une réflexion profonde propre des dilemmes de la social-démocratie. Les fonctionnaires et conseillers gauchistes de la classe moyenne utilisent toujours l’excuse des « limitations institutionnelles ». « Ils théorisent leur impuissance politique ; jamais ils ne reconnaissent le pouvoir des mouvements joués par les organisations de classe.

La lâcheté politique de ces gauchistes de classe moyenne est structurelle et facilite les trahisons morales : il entretient que « la crise n’est pas le moment pour faire des ajustements dans le système ».

Pour la classe moyenne, le « temps » se transforme en une excuse politique. Les leaders de la classe moyenne des mouvements populaires, dépourvus d’audace ou de programmes de lutte, toujours parlent de changement… dans le futur&#8230.

Au lieu de s’engager dans la lutte populaire, ils courent d’un endroit à l’autre, d’un centre du pouvoir financier au Comité Central, confondant le « dialogue » qui se termine en soumission avec la résistance conséquente.

Au final, le peuple les remerciera en leur tournant le dos et en refusant leurs demandes de réélection pour « une seconde chance ».

La tragédie est que toute la gauche en est souillée. Qui peut croire les bonne paroles de « libération », « la volonté d’avoir de l’espérance » et de « récupérer la souveraineté » après avoir vécu le contraire durant des années ?

Les politiques de gauche seront les perdantes durant toute une génération ,du moins au Brésil, en France et en Grèce.

La droite ridiculisera la fermeture de crémaillère de Hollande, la fausse humilité de Dilma Roussef, les gestes vides de Tsipras et les pitreries de Varoufakis.

Le peuple maudira leur souvenir et leur trahison d’une cause noble.

James Petras

Source : site rebelion du 30/03/2015

Traduit de l’espagnol par Gérard Jugant


[1Dont Yanis Varoufakis lui même



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