« Anti système » le nouveau nom de l’extrême droite.

lundi 30 décembre 2013
par  Charles Hoareau
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Ce n’est pas d’aujourd’hui que Rouge midi a dénoncé Dieudonné [1] qui ne mérite pas la publicité (involontaire ?) que le pouvoir lui fait, mais qui lui rend bien service à la veille d’une tournée nationale.

Je me rappelle en 2002, ce n’est donc pas d’hier, quand celui qui moins de six ans plus tard désignera Le Pen comme parrain de sa fille (ce qui pour Rouge Vif, suffit à en faire un adversaire et à le disqualifier pour toute action qu’il serait supposé mener contre les discriminations), se prétendait alors antifasciste en se présentant aux législatives contre Stirbois à Dreux. J’avais refusé ses offres de services et de soutien à notre candidature rouge vif tant sa démarche et ses propos étaient déjà ambigus et mus avant tout par des intérêts personnels.

Alors faut-il-interdire ses spectacles ? En tous cas, pas pour trouble à l’ordre public (dont nous savons tout ce que l’ambiguïté du terme recouvre quand il s’agit de juger de conflits du travail par exemple).
Encore moins pour avoir transformé « ses spectacles en meetings politiques » comme on a entendu Ménucci le dire. Le même Ménucci [2] qui au cours d’une campagne contre Joël Dutto [3], avait été capable de porter la kippa le vendredi devant une synagogue et le keffier le dimanche au marché aux puces, qui un peu plus tard avait été un des rares élus marseillais à dénoncer l’initiative du mouvement de la paix un bateau pour Gaza. Je ne le remercierai donc pas de sa demande d’interdiction tant je le soupçonne au-delà de son propos que demain il pourrait utiliser contre d’autres « militants politiques » (Guy Bedos aurait pu en faire partie), d’arrières-pensées politiciennes.

Plus que l’interdiction juridiquement difficile (et que dire du dangereux précédent créé par une interdiction préfectorale préventive ?), c’est une bataille politique qu’il faut mener. De plus, sur le plan juridique les poursuites doivent porter sur l’apologie du racisme et là nous avons l’arsenal juridique (dont la loi Gayssot) pour le faire. J’apprécie d’ailleurs que France Inter assume en l’espèce ses responsabilités d’employeur en poursuivant Dieudonné sur ce thème pour ses propos contre Patrick Cohen.

Dieudonné contre les discriminations ?

On peut se demander les raisons du succès des thèses de Dieudonné dans une partie de la jeunesse, en particulier celle issue de l’immigration visible. Dieudonné s’appuie sur un constat simple et réel. Il y a en France des discriminations racistes et quand elles touchent les noirs et les arabes elles sont peu sanctionnées, voire couvertes, quand elles ne sont pas suscitées par le pouvoir. De ce point de vue, il ne manque pas d’exemple que nombre de militants ou d’associations antiracistes ne cessent de dénoncer par ailleurs. La faute à qui ? C’est là que les analyses (si tant est qu’on puisse parler d’analyse en ce qui concerne Dieudonné) divergent. [4] La divergence n’est d’ailleurs pas qu’entre Dieudonné et les autres qui ne formeraient qu’un seul bloc uniforme. Quand, comme le dit justement Saïd Bouamama La question de race masque la question de classe il est clair qu’il y a une barrière entre les tenants du système capitaliste actuel (« aménagé » ou pas) et celles et ceux qui pensent que c’est ce système qui est à la base de nos maux dans un pays où la bourgeoisie du 19e siècle, celle qui a pu acheter les premières machines et développer le capitalisme, est essentiellement celle qui avait fortune grâce au commerce des esclaves.

Dieudonné n’est même pas réellement pour les droits du peuple palestinien tant son discours, et on le voit en ce moment, permet aux soutiens de la politique israélienne de faire l’amalgame entre antisémitisme et soutien inconditionnel à Israël. Il est heureux que les associations de solidarité avec la Palestine et les indigènes de la républiqueaient dénoncé dès 2009 son pseudo-antisionisme qui est en fait un antisémitisme motivé par l’argent et d’autres sentiments repoussants. Ces derniers écrivant avec juste raison : « le plus grave est que le débat nécessaire sur le sionisme et la politique européenne (et française) vis-à-vis de l’Etat d’Israël a été ainsi occulté par une polémique sur la personnalité et le rôle de Dieudonné. »

Son duo avec Faurisson, l’homme qui nie l’existence des chambres à gaz, est d’un antisémitisme sauvage qui mériterait des poursuites et des condamnations vraiment dissuasives l’empêchant de recommencer. A celles et ceux qui veulent ne voir dans ses sketchs que de la provocation, nous répondons : peut-on au nom de l’humour dire à propos du journaliste Patrick Cohen : « les chambres à gaz…dommage » accompagnant cette phrase d’un hochement de tête et d’un silence significatif ? Eh bien non. On ne peut pas. La provocation de Dieudonné est au service d’une idéologie fasciste et permet à celle-ci de ratisser en direction d’une jeunesse discriminée qui devrait être, comme ce fut le cas en 39/45 avec la MOI (Main d’œuvre Immigrée), aux premiers rangs de la lutte antifasciste. Les provocations de Dieudonné permettent de faire monter la haine contre les personnes de confession juive au lieu de faire monter la conscience et l’analyse du système dans lequel nous sommes, source de toutes les guerres et tous les racismes.

La quenelle « antisystème » ?


Il est incontestablement plus facile d’inventer un geste fourre-tout aussi bien repris par Alain Soral [5] (voir http://www.lemonde.fr/politique/article/2013/12/11/quenelle-comment-un-geste-provocateur-est-devenu-un-embleme_3528089_823448.html) que divers « people » (voir http://www.humanite.fr/politique/quenelle-de-la-droite-orleanaise-550991 ou http://www.lexpress.fr/actualite/dieudonne-une-quenelle-avec-sakho-une-quenelle-pour-yann-barthes_1302929.html ou http://www.linternaute.com/actualite/societe-france/quenelle-yann-barthes-affole-pour-un-geste-anodin-1113.shtml ou encore http://www.lelibrepenseur.org/2013/09/27/valls-se-prend-une-quenelle-de-375-epaulee/) que d’évoquer le colonialisme et ses conséquences directe que sont le racisme et les pratiques discriminatoires qu’il implique. De ce point de vue, la bataille idéologique n’a pas été menée : quand les jeunes ont marché contre le racisme et pour l’égalité en 1983, un gouvernement de « gauche plurielle » a largement soutenu une association tombée du ciel (SOS racisme) qui substituait à ce mot d’ordre juste, un mot d’ordre compassionnel : touche pas à mon pote. Sans parler de la dérive Gerin qui n’est pas un fait unique loin de là.

Dieudonné n’est pas « antisystème » (il n’y a qu’à lire son pseudo programme en 10 points !) ce qui en plus ne veut pas dire grand-chose.

Etre antisystème sans le nommer (ou alors désigner les seuls sionistes comme étant à la base de tout [6]) c’est se faire le complice de celles et ceux qui sous les appellations les plus incongrues (les anarchistes de droite (sic !), les politiquement incorrects…) sont en fait des partisans dudit système et ne veulent rien changer à sa logique de fond économique. Quant à la quenelle en question n’y voir qu’un geste de rébellion, une sorte de bras d’honneur faite au pouvoir au « système » c’est oublier au moins deux choses.

- La première c’est que se multiplient sur le Net des photos d’hommes faisant ce geste devant des lieux aussi anodins qu’une synagogue, une pancarte indiquant le mémorial de la shoah, devant une plaque de la rue du four(on appréciera l’humour !) et que Soral l’a faite en plein mémorial de la shoah à Berlin, …

- La deuxième c’est que le vrai pouvoir, celui de l’argent n’est jamais cité par Dieudonné, ce qui permet (même si on versera au crédit de certains d’entre eux qu’ils aient été abusés - ayant connu eux-mêmes les dégâts du racisme - par le discours manipulateur de son inventeur) à des sportifs cousus d’or et qui sont tout sauf « hors système » de reprendre le geste… comme Le Pen et Goldnish d’ailleurs.

Quenelle qui soit dit en passant est une marque déposée à l’INPI (Institut national de la Propriété Intellectuelle) par Noémie Montagne, la femme de Dieudonné : vous avez dit« antisystème ? »

La boucle est bouclée.


Le Pen et Goldnish peuvent remercier Dieudonné d’être ainsi entourés...

Comme nous l’avions écrit à propos de l’antisémitisme, le combat contre le racisme est un combat trop important pour le laisser dévoyer par des Dieudonné ou récupérer par des Valls, Mennucci ou consorts.

Quant au changement de système nous savons bien que ce n’est pas sur Dieudonné ou ses soutiens people, que nous pouvons compter pour en être des acteurs.


Merci à Danièle Jeammet pour ses remarques avisées sur cet article


[2Et ne parlons pas de Valls qui s’est illustré récemment par ses propos racistes envers les roms et les musulmans !

[3élu sortant PCF

[4Lire à ce propos l’excellent article de TevanianUn négationnisme respectable.

[5Ex membre du comité central du FN et qui se revendique national socialiste…comme Hitler !

[6Sur le site du Parti Antisioniste dont Dieudonné est le président on trouve, en réponse à la question d’un lecteur devant l’incroyable légèreté du programme, cette réponse édifiante : Nous considérons les problèmes de la vie quotidienne des citoyens (chômage, capitalisme, retraite, écologie, etc.) comme étant des sujets très importants [ils ne sont pas cités dans le programme en question NDR]. Néanmoins, ils ne pourront être convenablement résolus avant d’avoir éradiqué le fléau du sionisme et son influence sur les décisions politiques de notre pays.



Commentaires

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mardi 31 décembre 2013 à 10h41 - par  chb
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mardi 31 décembre 2013 à 10h18 - par  Alain Chancogne dit« A.C »
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lundi 30 décembre 2013 à 15h27 - par  RICHARD PALAO

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