Salut Jelloul !

jeudi 21 septembre 2023
par  Charles Hoareau
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Jelloul BENHAMIDA, militant bien connu non seulement dans le Gard et les Bouches du Rhône et les milieux militants de l’immigration et de l’antiracisme et à qui Rouge Vif 13 doit la création de ce site, est décédé ce 16 septembre. Voici en suivant 2 témoignages parmi d’autres et dans l’ordre où ils ont été prononcés lors de ses obsèques
Celui de Luisa Benbouzid, ex comité chômeurs Nîmes et le mien

Jelloul

A ton retour sur Nîmes tu as appelé Charles pour avoir un contact CGT et c’est moi qui ai eu l’honneur de te rencontrer. La CGT chômeur était la seule à pouvoir accueillir un révolté comme toi et nous avons partagé durant quelques années de nombreuses luttes mais aussi beaucoup d’amitié et de fraternité qui te caractérise.
Ecorché vif tu ressentais la détresse de tous les « sans » comme tu disais et tu auras été leur porte-voix quand les bien-pensants étaient dérangés ou heurté par ta franchise et ta sincérité.
Quand toi tu refusais toutes compromission tu me disais de me taire car une femme issue de l’immigration comme moi devait accéder aux responsabilités dans la CGT.
Voilà tout tes paradoxes Jelloul quand toi tu refusais de bouger d’un centimètre tes positions quitte à être contesté tu me demandais de me taire afin de pouvoir représenter les sans voix et les immigrés dans la CGT.
Je ne t’ai jamais écouté là-dessus et même si on savait que tu avais raison j’ai continué mes engagements sans compromission non plus… quelle joie aujourd’hui !
Alors je te le redis « nous ne sommes pas à vendre » !
Les écorchés vifs comme toi ont tant à donner au mouvement social même s’ils ne sont pas toujours compris et n’ont du coup jamais la place qu’ils méritent.
Cependant ils ont et tu as une plus grande importance dans nos cœurs et nos mémoires.
Je fais partie de tous ces militants et militantes qui ont eu la chance de te côtoyer et a qui tu as pu semer des graines qui resterons à jamais gravé.
Ta boussole t’aura toujours mené à bon port que ce soit avec les sans-papiers les sans-emplois et tu as toujours navigué dans leurs intérêts malgré les tempêtes et les vents contraires.
Aujourd’hui tu peux te reposer sur une mer calme celle la même que tu as traversé de la Tunisie à la France, alors comme me l’a écrit Philippe Baot tu peux naviguer en père pénard……….
Bon vent Camarade.
Luisa Benbouzid

****************

Jelloul je t’ai connu, il y a maintenant plus de 40 ans. Tu étais à la maison de l’étranger à Marseille comme responsable de l’UAF, l’union des arabes de France, association que tu avais créée dans laquelle tu m’as rapidement enrôlé alors que je n’étais ni arabe ni immigré. Qu’à cela ne tienne, tu corrigeas cette lacune en me rebaptisant Brahim, surnom qui m’est resté...et dont je n’ai jamais cherché à me défaire.
Puis il y a eu, au travers de plusieurs associations et initiatives (MRAP, UTIT, FTCR, marches contre le racisme et pour l’égalité des droits, Forum social maghrébin...) les combats contre le racisme et pour les droits des personnes issus de l’immigration.
Parallèlement il y a toujours eu les combats pour les droits des Tunisiens en Tunisie qui nous firent manifester, ou plutôt nous regrouper dans des rassemblements maigrelets où, à partir de l’ère BENALI, la police politique en civil était souvent plus nombreuse que celles et ceux qui manifestaient.
C’était pour les Tunisiens, qu’ils soient au pays ou de la diaspora, des années de plomb où il fallait du courage pour manifester malgré la répression. Du courage tu n’en manquais pas ce qui t’a valu quelques haines solides.

Tu m’as toujours associé à ces combats, quelles que soient les formes qu’ils prenaient et je te dois ce désir et cette chance de mieux les connaitre et aussi, à travers eux, les hommes et les femmes qui les partageaient. Leur culture, leur histoire, leur sensibilité, leurs souffrances et leurs joies, ce qui nous rassemblait et les différences qui nous enrichissaient.

Tu étais souvent expéditif, voire excessif dans tes pratiques.
C’était le but à atteindre qui comptait.
Je me souviens quand tu es venu aux vœux de Rouge Vif 13 et que tu as annoncé à tout le monde, on était en janvier 2005, que tu avais créé, sans qu’on ne te demande rien ni qu’on en ait même l’idée, un site qui s’appelait Rouge Midi...Stupéfaction dans la salle...Le site existe toujours et a toujours des milliers d’internautes...
Je pourrais citer plein d’anecdotes, comme celle de la création à Nîmes d’une association pour la gestion d’un café-débat, lieu de rencontre...et dont je me suis découvert président...
Evidemment je ne pouvais que te dire oui...
Nous avons aussi participé ensemble aux initiatives de rassemblement des communistes et tu as été un des cofondateurs de l’ANC en 2016 et ce coup-ci c’est à notre demande que tu as créé le site...Tu as quitté notre jeune association sans que je comprenne bien pourquoi malgré de longues discussions autour de plusieurs verres...mais nous sommes restés amis et tu m’as réinscrit d’office à ton Fil rouge quand tu as décidé de revenir au PCF prouvant ainsi à tout le monde que tu n’étais pas rancunier...
En effet, si certains parlaient de tes éclats, sans y voir la marque de tes écorchures, je peux témoigner de ta fidélité à tes idéaux et aux personnes que tu trouvais sincères. Cela sans doute parce que la vie t’a montré comment le poison du racisme s’infiltrait aussi jusque dans nos rangs. Et c’était bien cela pour nous le plus blessant, le plus inacceptable...

Pas rancunier il fallait l’être quand tu as été licencié du conseil départemental des Bouches du Rhône dirigé alors par une coalition de « gauche » unanime et sans que ton syndicat d’alors ne t’aide ni ne te défende...

De même je veux témoigner de ton total désintéressement qui se manifestait tant dans les actions que tu menais, que dans les services importants que tu as rendus au mouvement quand il y en avait besoin. Un problème sur le site ? Tu travaillais toute la nuit, à ta manière, et au matin c’était réparé sans vouloir accepter le moindre euro.

Si tu avais de grandes ambitions pour le peuple des exploités et des discriminés, on peut dire que tu n’en avais aucune pour toi-même. A l’heure où sévit la mode des buzz, punch line et autres formes de promotion des égos sous couvert de combat collectif, tu n’as jamais cherché à être élu, à séduire ou être en vue. Tu as toujours été un homme de conviction qui disait ce qu’il pensait juste, avec passion. Sans démagogie...ni parfois sans diplomatie.

Nous échangions peu ces derniers temps, ta santé ne te laissant guère tranquille, mais je me plaisais à penser que tu trouvais une forme de sérénité auprès des tiens, ta fille, ta fierté, et tes petits-enfants...tout en continuant à être débordant d’activité sur Internet...

En souvenir de la marche pour l’égalité dont tu ne pourras pas commémorer cette année les 40 ans, en souvenir de tous nos combats communs, au nom de toutes les fois où nous avons échangé jusque très tard la nuit chez moi ou ailleurs, au nom de la fraternité qui nous a toujours unis malgré les méandres de la vie et de la lutte,
Jelloul,
Brahim te salue.

CH



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